jeudi 28 mars 2013

Après la simultanée de Morphy...

...Une réaction dans la presse parisienne.

C'est dans cette édition du "Monde Illustré" qu'est publiée la fameuse gravure du précédent article sur Morphy.
Rappelons que le match entre Daniel Harrwitz et Paul Morphy joué au Café de la Régence s'achève brutalement sur le score de 5,5 à 2,5 en faveur de Morphy.
Daniel Harrwitz avait pourtant commencé avec deux victoires, mais il fut emporté par le génie de Morphy. Je reviendrai très probablement sur ce match dans un futur article.

A noter qu'au début de l'article, l'auteur mentionne le fils de "Nauplius".
Un petite recherche montre que dans la mythologie grecque Nauplios ou Nauplius était le père de Palamède...

Le Monde Illustré
Journal hebdomadaire

Edition du samedi 16 octobre 1858
Article par Fulgence Girard

(Source Collection personnelle)

Le Café de la Régence, cette académie de l’échiquier, offre aujourd’hui un véritable congrès de cette corporation savante qui vénère un patron, - patron un peu païen, illustre fils de Nauplius. Tout le sport des deux mondes y est représenté chaque soir par ses plus forts joueurs d’échecs.

Notre gravure reproduit un des incidents les plus frappants de cette session. Ce sont les huit parties que M. Morphy a jouées simultanément, et à l’aveugle, contre huit des plus forts échiquistes de Paris : MM.Baucher, Bierwirth, Bornemann, Guibert, Lequesne, Potier, Préti et Seguin. M. Morphy, assis dans un fauteuil qu’il n’a pas quitté pendant tout le temps de la lutte, le visage tourné vers le mur et sans autre aide que sa mémoire, a engagé le conflit avec une lucidité que n’a pas voilé le moindre nuage. A sept heures, il prenait vigoureusement l’offensive ; à huit heures, un des joueurs les plus savants, M. le professeur Préti, bien connu par son habileté pratique et par ses ouvrages spéciaux, était mis hors de combat ; MM. Potier, Bornemann et Baucher succombaient ensuite ; à neuf heures et demie, M. Lequesne, notre célèbre statuaire, faisait accepter l’annulation de sa partie, exemple que suivait M. Guibert, après avoir vu M. Bierwirth renoncer à la sienne ; à dix heures, enfin, M. Seguin, n’ayant plus qu’un pion et son roi, abandonnait le champ de bataille où M. Morphy venait de reconquérir sa dame.

Des applaudissements enthousiastes saluaient ce triomphe qui, outre le mérite de ces six victoires, offrait un phénomène de puissance mnémonique sans exemple.


Cet épisode n’a pas cependant été le fait le plus important de ce congrès : le fait capital a été, sans nul doute, ce match en sept parties, engagé entre le célèbre joueur américain et M. Harrwitz de Berlin, dont la réputation est universelle. Voici en quels termes un écrivain, qui est une autorité spéciale, apprécie les deux joueurs :

« Tous deux sont jeunes et petits, le Prussien a vingt-sept ans ; il est brun, porte une fine moustache noire, et le galbe de sa tête rappelle Armand Carrel ; il est légèrement voûté. Son adversaire, M. Morphy, l’Américain, a vingt-deux ans, il est sans barbe, son teint est blanc mat ; sa jeunesse, sa tournure, lui donne assez l’air d’un collégien. Tous deux sont calmes et impassibles devant l’échiquier ; ils n’ont rien du Yankee et du Gascon berlinois…
Si M. Morphy est doué de la faculté de porter des attaques terribles en même temps de se ménager des retraites faciles et assurées, M. Harrwitz est plein de ressources et de finesses charmantes dans la défense. On compare l’un des champions au bouillant Condé, l’autre à Turenne ou à Vauban… »


(Daniel Harrwitz)

L’un des joueurs lui-même, M. Harrwitz , qui veut bien nous donner sa collaboration, exposera, dans notre prochain numéro, la première partie de ce match, auquel sa santé l’a forcé de renoncer, et dont M. Morphy, malgré son avantage, a prononcé courtoisement l’annulation.

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